En ce début d'année 2026, le collectif d'enseignants SOS Éducation exige la publication de la liste des 4 000 personnes dites à régulariser, revendication centrale du mouvement qui perturbe le système scolaire depuis près d'un mois et demi. La demande porte, selon le collectif, sur des personnes dont un nombre significatif concerne des élèves scolarisés sans papiers.
Le mouvement a placé la question de la régularisation au cœur du conflit. SOS Éducation a précisé vouloir une liste publique des bénéficiaires pour permettre la vérification et la mise en œuvre rapide des mesures administratives. Les autorités, de leur côté, affirment engager des concertations pour éviter une année scolaire compromise, tandis que les détails pratiques du processus administratif restent peu diffusés publiquement.
Sur le plan des négociations, les enseignants ont accepté le principe d'ouvrir un dialogue sous médiation. Une délégation de neuf négociateurs, choisie par SOS Éducation pour représenter chacune des provinces, a été constituée. La médiation est assurée par Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, désigné par le président de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguema. Cette ouverture est toutefois conditionnée par plusieurs préalables jugés non négociables par les grévistes, en particulier la libération de deux figures syndicales, Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, incarcérés en lien avec le mouvement. Les représentants du collectif ont clairement indiqué que la présence de ces détenus en prison complique l'entrée sereine en négociation.
La ministre de l'Éducation nationale, Carmélia Ntoutoume Leclerq, a intensifié les concertations avec les responsables d'établissements. Les autorités ont exprimé publiquement leur crainte d'une année scolaire compromise et ont déclaré vouloir tout mettre en oeuvre pour préserver la scolarité des élèves. Le médiateur a souligné que le dialogue direct entre le gouvernement et SOS Éducation avait été rompu avant son intervention, rendant nécessaire l'intervention d'un tiers pour relancer les échanges.
Le dossier de la régularisation croise des éléments techniques et juridiques. Un guide pratique diffusé antérieurement par l'ONG Education sans frontières, intitulé 'Jeunes scolarisés sans papiers : Régularisation, mode d'emploi', détaille les démarches habituelles de régularisation des jeunes scolarisés. Le document propose des mesures opérationnelles pour les établissements : affichage d'une liste des classes dans la salle des professeurs sans identification individuelle des enseignants, distribution de tracts à l'entrée des établissements avec la signature de syndicats ou d'associations de parents pour assurer une protection collective, et consignes aux familles de tenir à jour une liste de contacts à prévenir en cas de besoin.
Ce guide rappelle également des données administratives souvent mobilisées dans les dossiers de nationalité et de séjour, en listant les anciennes colonies ou territoires d'outre-mer et leurs dates d'indépendance, et en rappelant que le Gabon a accédé à l'indépendance le 17 août 1960. Ces repères historiques interviennent fréquemment dans l'instruction des demandes de régularisation de statut.
Le cadre légal national intervient aussi dans ce dossier. Le Gabon dispose, entre autres, de la loi n°87/98 du 20 juillet 1999 portant Code de la nationalité, de la loi n°36/2010 du 25 novembre 2010 portant Code de procédure pénale et de la loi n°39/2010 du 25 novembre 2010 portant régime judiciaire de protection du mineur. Ces textes, ainsi que les instruments internationaux ratifiés par le pays, dont la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant, constituent le référentiel juridique mobilisé par les acteurs pour argumenter et encadrer les procédures de régularisation et la protection des mineurs scolarisés.
Sur le plan pratique, le guide d'accompagnement conseille également des stratégies visant à minimiser les risques pour les élèves et les enseignants impliqués : éviter d'identifier nominativement des enseignants dans la diffusion interne, privilégier des signataires collectifs pour les documents distribués aux familles, et rappeler aux élèves et à leurs parents l'importance du dossier scolaire dans l'appréciation administrative de leur situation. Le document note explicitement que des résultats scolaires favorables peuvent parfois peser dans l'appréciation des services préfectoraux lors des procédures de régularisation.
À ce stade des échanges, la médiation est accueillie favorablement par les grévistes, mais les exigences posées par SOS Éducation restent précises et contraignantes pour toute reprise normale des cours : publication de la liste des personnes à régulariser et libération des militants détenus figurent parmi les conditions citées par le collectif. Les autorités et les représentants du mouvement envisagent l'élaboration d'un protocole qui, une fois validé par les enseignants, pourrait ouvrir la voie à une suspension ou à une levée partielle de la grève; aucune validation finale ni publication d'un tel protocole n'a été annoncée publiquement au 31 janvier 2026.
La situation demeure tendue et susceptible d'impacter l'année scolaire. Au 31 janvier 2026, les négociations se poursuivent sous médiation, sans résolution complète et sans publication confirmée de la liste des 4 000 personnes que réclame SOS Éducation.




