Gabon : grève des enseignants persiste, négociations relancées
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Gabon : grève des enseignants persiste, négociations relancées

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La Rédaction LBV.ga
31 janvier 202616:52
La grève des enseignants se poursuit dans plusieurs provinces; SOS Éducation rejoint les négociations et deux leaders syndicaux ont été libérés.

En ce début d'année 2026, le mouvement de grève des enseignants se poursuit dans plusieurs provinces du Gabon, notamment la Nyanga, l'Estuaire, le Haut‑Ogooué, l'Ogooué‑Maritime et le Woleu‑Ntem. Les établissements publics restent partiellement ou totalement fermés dans les zones les plus mobilisées, avec des impacts contrastés selon les niveaux scolaires et les localités.

Le mouvement a démarré en décembre 2025 et a été maintenu en janvier 2026 par des syndicats et par le mouvement SOS Éducation. Les revendications portaient principalement sur le déblocage des plans de carrière gelés depuis plus de dix ans, ainsi que sur des demandes de recrutements, d'avancements et de reclassements. Ces revendications trouvent leur origine dans des mesures salariales et statutaires arrêtées lors du précédent mandat présidentiel et restées, selon les enseignants, sans application effective depuis l'arrivée de la nouvelle administration.

Sur le terrain, la paralysie est visible : plusieurs lycées et collèges de Libreville, dont le lycée Léomba et le collège Nelson Mandela, ont connu des fermetures prolongées. Dans certains établissements, une ou deux classes restent ouvertes ; par exemple, au collège Nelson Mandela la classe de 3e fonctionne toujours afin de permettre à ces élèves de préparer les examens de fin d'année. Parents d'élèves et enseignants ont exprimé des inquiétudes divergentes sur la durée du conflit et ses conséquences pédagogiques et sociales.

Le mouvement s'est durci début janvier avec l'arrestation de deux figures syndicales, Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, dont le procès était prévu vendredi 30 janvier. Les deux hommes ont été libérés hier, le 30 janvier, mesure qui a modifié la dynamique du conflit et permis l'entrée de nouvelles parties prenantes dans le dialogue. La participation de SOS Éducation aux discussions a été annoncée en marge de ces libérations, relançant l'espoir d'un apaisement et d'une ouverture de négociations.

Du côté de l'administration, le ministère de l'Éducation nationale a indiqué que « une grande partie des revendications » faisait déjà l'objet de discussions et que des budgets étaient « en cours de validation ». Le gouvernement a, par ailleurs, confirmé des engagements antérieurs par la signature d'un protocole d'accord. Selon les autorités, le dossier mobilise plusieurs ministères (budget, fonction publique, éducation) en raison de son caractère transversal. Le chef de l'État avait, pour sa part, prévu de donner des réponses aux enseignants le 25 février, calendrier qui restait dépendant de l'avancement des arbitrages budgétaires et des discussions interinstitutionnelles.

Les conséquences socio‑économiques et territoriales du conflit apparaissent dans un contexte de fortes inégalités provinciales. Les données de la Direction générale des impôts (2011) montrent une concentration significative des petites et moyennes entreprises dans quatre provinces : Estuaire (76 %), Ogooué‑Maritime (13 %), Haut‑Ogooué (4,5 %) et Woleu‑Ntem (2 %), soit au total 95 % des PME répertoriées. À l'inverse, la Nyanga, l'Ogooué‑Lolo et l'Ogooué‑Ivindo figurent parmi les provinces où l'activité économique et l'investissement sont les plus faibles. Cette fracture territoriale s'accompagne d'une offre scolaire inégale : les constructions d'établissements primaires et pré‑primaires depuis 2010 restent majoritairement concentrées dans l'Estuaire et quelques autres provinces, tandis que des provinces comme la Nyanga bénéficient de peu de projets comparativement (par exemple, la construction d'une école pré‑primaire à Tchibanga).

Sur le plan humain, les enseignants évoquent les difficultés courantes : perte de revenus pour ceux qui dépendent uniquement du salaire, contraintes locatives et familles à charge. Les parents interrogés expriment, pour leur part, la crainte d'une année scolaire compromise pour leurs enfants, alors que des élèves de classes d'examen attendent des perspectives claires pour pouvoir poursuivre leur cursus sans interruption.

Chronologiquement, le conflit a suivi une séquence identifiable : déclenchement d'une grève illimitée en décembre 2025, montée des tensions avec arrestations en début janvier 2026, annonce d'un protocole d'accord par les autorités et, enfin, la libération des deux leaders syndicaux le 30 janvier et l'entrée de SOS Éducation dans le processus de négociation. À l'heure actuelle, la grève se maintient dans plusieurs provinces, tandis que les discussions entre les parties prenantes évoluent conformément aux engagements pris et aux arbitrages budgétaires en cours.

Les acteurs impliqués — syndicats, mouvement SOS Éducation, ministère de l'Éducation nationale et autres départements ministériels — restent les principaux interlocuteurs du dossier. Les indicateurs à suivre sont l'issue des négociations engagées et la mise en œuvre effective des mesures financières et statutaires annoncées par l'État, ainsi que l'impact de ces décisions sur la reprise des cours et sur la tenue des examens pour les classes concernées.

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