La société française Webcor a déposé, le 24 février 2026, une plainte auprès de la procureure de la République de Paris pour escroquerie et tentative d’escroquerie visant Diane Moussounda, directrice générale de l’Agence Judiciaire de l’État (AJE) du Gabon. Cette information est relayée par Africa Intelligence et précise que Moussounda est présentée comme la sœur d’Anouchka Avome, seconde épouse du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema.
La démarche s’inscrit dans le cadre d’un contentieux vieux de plus d’une décennie autour du protocole d’accord transactionnel signé le 26 janvier 2024 entre l’AJE et Webcor. Le document prévoyait le versement par l’État gabonais et la commune de Libreville d’une indemnité de 100 millions d’euros à Webcor et à sa filiale Grand Marché de Libreville, en échange de l’abandon des procédures engagées devant les juridictions françaises.
Selon la plainte consultée, après que Webcor a retiré son pourvoi devant la Cour de cassation, les autorités gabonaises auraient contesté la validité du protocole et soutenu que Diane Moussounda n’avait pas autorité pour engager l’État à verser une telle indemnité ni pour représenter la commune de Libreville. En conséquence, Libreville refuse aujourd’hui de payer et considère l’accord comme nul.
Webcor affirme dans sa démarche que la responsable de l’AJE s’est contredite sur l’étendue de ses pouvoirs et évoque une « volonté délibérée de commettre la fraude » pour se soustraire aux engagements souscrits.
Sur le plan personnel, la dirigeante est présentée comme la sœur d’Anouchka Avome, épouse du président gabonais, ce qui confère à l’affaire une dimension politique et une résonance médiatique plus forte.
Le différend entretient un historique complexe: en 2015, le Gabon et Libreville avaient rompu le contrat initial conclut avec Webcor pour la construction du Grand Marché de Libreville. En 2018, la Cour d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale de Paris avait condamné l’État gabonais et la commune à indemniser Webcor à hauteur de 136 millions d’euros, avec les intérêts, pour rupture abusive du contrat. Cependant, en mai 2021, la justice française a annulé cette sentence à la suite de plaintes pénales évoquant des soupçons de corruption entourant l’attribution du marché, des accusations que Webcor a toujours contestées.
Le contexte s’est ensuite accéléré autour d’un accord amiable signé en janvier 2024, puis remis en cause par les autorités françaises et gabonaises. Le 5 février 2025, le juge de la mise en état de Paris s’est déclaré incompétent et a refusé d’homologuer le protocole, le rendant non exécutoire. Webcor a fait appel de cette décision, tandis que l’État gabonais a saisi le tribunal judiciaire de Paris pour obtenir l’annulation de l’accord. Une décision est attendue courant 2026. Parallèlement, Webcor a engagé une procédure de révision de l’arrêt de mai 2021, fondée sur le protocole du 26 janvier 2024 qui affirme que les accusations de corruption « n’étaient pas conformes à la réalité ». Ces éléments laissent entrevoir une nouvelle phase judiciaire dans l’un des dossiers économiques et politiques les plus sensibles entre le Gabon et des acteurs étrangers.




